L’ECONOMIE DE LA FONCTIONNALITE ET DE LA COOPERATION

L’EFC s’est développée depuis le début des années 2000 avec l’ambition d’expérimenter de nouveaux modèles économiques qui permettent de prendre en charge les enjeux environnementaux et sociaux.

Ces expérimentations ont été menées par le laboratoire d’intervention-recherche ATEMIS qui a également travaillé, avec l’Institut Européen de l’EFC, à la construction des concepts opérationnels qui forme le référentiel de l’EFC. Ce dernier fait l’objet de d’un foisonnement de publications et de retours d’expérience. Les expérimentations menées aujourd’hui, et notamment le programme COOP’TER, les ateliers conduits sur des thématiques comme la transition énergétique ou le bien-vivre alimentaire, contribuent à l’enrichir encore. Outre les sites d’ATEMIS et de l’IE-EFC, certaines de ces publications sont aussi disponibles sur le site de l’ADEME.

Les éléments ici sont issus de ces travaux.

L’EFC est déployé en France dans de nombreuses entreprises mais aussi dans d’autres pays et notamment au Brésil et au Québec.

MODELE ECONOMIQUE

Le modèle économique d’une entreprise est souvent réduit aux questions financières qui composent le modèle d’affaires. Pour lui redonner toute sa place, nous posons le modèle économique avec six registres articulés qui fondent la singularité d’une entreprise et sa dynamique de développement :

Registres du modèle économique Modèle économique classiqueEconomie de la fonctionnalité et de la coopération
Offre et proposition de valeur
La proposition de valeur exprime ce qui fait valeur pour le client et pour les autres bénéficiaires (les effets utiles) tandis que l’offre fait référence aux composantes du service ou du produit proposé
Des biens ou des services standardisés :
• Qualité fondée sur des normes
• Logique de volume
• Consommation de masse
• Possession du bien
Des biens et services intégrés pour répondre à un usage :
• Qualité évaluée en fonction du service rendu aux bénéficiaires
• La solution proposée prend en charge des externalités sociales ou environnementales (besoins du territoire)
Mobilisation et développement des ressources utiles ou stratégiques pour l’activitéLes ressources sont des coûts à réduire,
y compris les ressources humaines
Recherche de mutualisation et recyclage des ressources matérielles qu’il faut préserver1.
Revitalisation et développement des ressources immatérielles (compétences, confiance, pertinence de l’offre et de l’organisation, santé) pour progresser et innover.
Organisation du travail, interne à l’entreprise
et inter-entreprise
Repose sur le principe de la division du travail, de la spécialisation, en interne comme en externe (chaine de valeur).
Le territoire est le réceptacle des activités.
Développement d’une organisation réflexive en interne comme en externe (qui apprend par l’expérience).
Organisation inter-entreprise basée sur des coopérations pour prendre en charge des sphères d’enjeux (notamment autour des fonctions de vie : se nourrir, se loger, se divertir, etc.).
Contractualisation.
Modalités de construction du revenu de l’entreprise
 Revenu issu des échanges marchands et dans une logique de volume, sans prise en compte des dégradations environnementales et sociales.Construire un modèle de revenu qui s’appuie sur la valeur créée, les effets utiles obtenus pour les bénéficiaires directs et indirects, incluant, le cas échéant, la réduction d’externalités négatives.
Financement
Renvoie au financement des investissements et au processus de répartition de la valeur monétaire (rémunération des parties prenantes)
S’appuie sur la « vente » d’une rentabilité monétaire, elle-même basée sur la compétitivité des coûts et les parts de marché (logique de volume), au bénéfice principalement des actionnaires.S’appuie sur la « vente » d’un  projet de création de valeur non monétaire , répondant aux besoins du territoire, au bénéfice de l’ensemble des partenaires de l’écosystème coopératif et des salariés.
Gouvernance.
Système de direction et contrôle
Gouvernance « financière » avec obligation de rentabilité à court terme.Gouvernance démocratique et participative2 fondée sur une démarche réflexive et des dispositifs d’évaluation.

1Un principe que l’on trouve aussi dans l’économie circulaire
2 Un principe que l’on trouve aussi dans l’ESS

Définition d’un écosystème coopératif territorialisé (ECT)

Un ECT est un ensemble d’acteurs (entreprises, associations de citoyens, collectivités …) qui construit une dynamique économique en coopération pour prendre en charge un ou plusieurs enjeux du territoire.

Ces enjeux relèvent des grandes fonctions de la vie (s’alimenter, se soigner, se loger, se déplacer, se divertir…) prises en charge dans une perspective écologique et de bien-être social.

L’écosystème coopératif formalise puis porte une « solution intégrée de biens et de services » qui permet de prendre en charge progressivement (par sauts systémiques successifs) ces enjeux et de créer de la valeur territoriale.

Dans ce cadre, les interactions entre les acteurs reposent sur une logique de coproduction-coopération, sur des engagements réciproques, des échanges d’informations et de connaissances, la mutualisation de moyens ainsi que d’investissements immatériels permettant de développer et pérenniser la dynamique territoriale.

En contrepartie de la valeur créée, il est recherché auprès des différents acteurs bénéficiaires « d’effets utiles », une contribution (dépense et/ou apports en nature) acceptable. L’écosystème crée ainsi une valeur territoriale qui s’incarne dans le développement d’un patrimoine immatériel collectif.

La gouvernance de l’écosystème et le développement des activités reposent prioritairement sur la mise en œuvre d’une organisation réflexive qui permet d’apprendre par l’expérience et transforme le management de façon à soutenir la coopération entre les acteurs.

La gouvernance peut aussi être formalisée par la création d’une structure juridique (SCIC, GIE, ou autre) associant acteurs publics, opérateurs et citoyens…

FONCTIONNALITE

L’économie de la fonctionnalité se développe avec l’idée de vendre l’usage d’un bien plutôt que de vendre le bien lui-même. L’EFC invite à faire un pas de côté pour approfondir cette question d’usage.

Considérer l’usage du vélo comme une composante d’une solution de mobilité permet d’ouvrir de nouvelles perspectives pour développer de nouveaux services et construire une solution pour des trajets domicile travail ou pour une offre touristique, etc. On parle alors de performance d’usage.

Souvent cette ouverture s’accompagne d’un besoin de coopération avec d’autres acteurs du territoire, publics ou privés, pour proposer une offre pertinente au regard des besoins.

L’EFC, à la différence de l’Economie de la Fonctionnalité, porte ainsi son regard bien au-delà des seuls biens dont l’usage peut être vendu, pour s’intéresser à toutes les fonctions de la vie, y compris au bien-vivre alimentaire.

LA COOPERATION

La division du travail et la spécialisation ont permis à l’industrie de faire les progrès que l’on connait mais elle a atteint ses limites aujourd’hui, des bulshit jobs à la destruction des écosystèmes.

Face aux défis de notre temps, aux enjeux de transformation que nous devons relever, ce principe et la compétition qui en est le corolaire, doivent faire place à la coopération, à la capacité de porter un projet commun.

Ce changement de paradigme nous engage à différents niveaux. Ainsi, selon l’Institut des Territoires Coopératifs, il s’agit de passer :

  • De l’expert … au fait de devenir pédagogues les uns pour les autres,
  • Du leader … au partage du leadership,
  • De l’entre soi … aux coopérations ouvertes,
  • De l’épuisement… à l’épanouissement des individus et des collectifs

L’EFC proposer de son côté une définition dans le champ du travail1: La coopération consiste à tenir compte des contraintes des autres dans les choix et arbitrages que font les acteurs dans leurs activités réelles. La coopération s’appuie sur la coordination tout en la dépassant. Elle désigne la capacité des uns et des autres à travailler dans son champ de compétence tout en tenant compte du travail des autres.

On voit bien avec ces définitions, que la coopération ne peut pas relever d’une injonction à coopérer. Développer des coopérations est une démarche, le résultat d’une intention stratégique et de conditions organisationnelles à mettre en œuvre.

1Les activités de travail ont pour objet de réaliser, sous contrainte de temps et de moyens, des biens ou des service destinés, d’un côté, à l’autoconsommation ou au don (économie non monétaire), de l’autre, à l’obtention d’un revenu (économie monétaire, marchande ou non marchande).

QUELQUES TRAJECTOIRES EFC

Voici quelques exemples, anciens ou récents qui illustrent la diversité des trajectoires :

Sources :

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